Vincent Dupas, c’est un parcours jonché de musiques folk et ses dérivés (My Name Is Nobody, Serpentine), rock du plus savant au plus sauvage (Binidu avec le duo Pneu, Fordamage) ; autant de routes accidentées, d’insouciances, de perles et de déceptions, tout ce que l’on appelle l’expérience faute de terme plus approprié. On se souvient peut-être entre autres de cet été 2006 où, après deux heures de sommeil au camping de la Route du Rock, il remplace au pied levé Micah P Hinson, ouvrant pour Stuart Staples au palais du Grand Large et se taillant « le succès inattendu du week- end » dixit Libé. Quelques centaines de concerts plus tard, Vincent n’est certes pas une star, mais sûrement une valeur sûre du milieu musical « indé » d’ici.

Mais il est parfois temps de se regarder en face, d’oublier ses fantasmes adolescents ou les faux semblants auxquels on s’accroche pour être accepté, revenir à ce qui compte vraiment, qui on est vraiment. « Longue Distance », le premier album de Vincent Dupas est ce regard et comme une boucle qui recommence, on repart de zéro avec tout ce qui a été fait avant.
La première chose qui frappe à l’écoute de ce premier opus est familière, presque évidente : c’est cette voix délicate comme armée d’une mélancolie lumineuse. On pense à Stuart Murdoch de Belle and Sebastian ou Ira Kaplan de Yo La Tengo. « Des Jours Meilleurs » sautille avec l’énergie du renouveau, les paroles broient du noir jusqu’à la lumière, les guitares élargissent la foulée et nous voilà propulsés ailleurs ; savamment ballottés dans des chansons aux architectures surprenantes alternant le français et l’anglais dans un même et unique souffle. Tour à tour intimiste, engagé, lyrique, rêveur et terre à terre, Dupas ne se recherche pas il se trouve, le mot juste tombe, l’arrangement l’élève, tout est là pour une raison, sans esbroufe.

Si « At The Corner Of The Ocean », « L’Hiver », « Balcony », « De Si Haut » ou « Amusement Park » sont riches, c’est grâce à leur mise en abyme, en timbres et en espace, les chœurs féminins emportent les refrains, les synthés sont aussi soyeux qu’inquiétants, les guitares libres et les accents électroniques donnent le tournis. Sur « Mon Pays », véritable axe charnière de l’album, Vincent Dupas chante en duo avec Nona Marie (Dark Dark Dark) : « toutes les villes sont miennes car je connais mon chemin ». Cette berceuse aride et minimaliste portée par une production aussi épurée que sombre donne toute la place au duo franco- américain pour souligner l’émotion la plus nue. Après cette plongée en apnée, « Boxer Le Vent » est une fausse sucrerie matinée d’accents bossa évoquant notre impuissance à tous, dans l’ombre de Dominique A, période « Auguri ». « Distance » nous remet la tête à l’envers, envolées de fuzz et free-rock ouvrant une chanson qui ne tourne jamais en rond et qui avance encore au moment où vous lisez ces lignes. Tenir la distance, quand on sait que le nantais est marathonien, on imagine qu’il sait faire.

Et justement, tout du long, la distance est tenue par une section rythmique élastique et entraînante (Pierre Marolleau à la batterie et Hugo Allard le bassiste des Von Pariahs), des arrangements aussi justes que surprenants, une production toute en nuances et en épaisseur. Le tout mixé par le jeune ingé californien Theo Karon lors de sessions américaines à Chicago.
Se présentant désormais avec autant d’aisance et de charme en français qu’en anglais, la « folk sonique » de Vincent Dupas s’affirme avec la sérénité de ceux dont le parcours est une « Longue Distance » et pourtant l’envie communicative d’un vrai premier album. C’est un recommencement salvateur comme un nouveau printemps, un espoir qui donne envie et qui ne nous ne quitte pas.

Afficher tous les 2 résultats